vendredi 9 février 2007

Trois mois pour avoir ébréché l'urinoir de Duchamp

vendredi 9 février 2007, 11h19

PARIS (AP) - "Le Centre Pompidou ne reconnaît pas mon geste artistique", a regretté vendredi Pierre Pinoncelli condamné par la cour d'appel de Paris à trois mois d'emprisonnement avec sursis et deux ans de mise à l'épreuve pour avoir dégradé l'emblématique urinoir de Marcel Duchamp lors d'une exposition en janvier 2006.

Il doit également payer les frais de réparation à hauteur de 14.352 euros. La cour a cependant déclaré irrecevable le musée d'art moderne pour réclamer la perte de valeur de l'oeuvre. "La cour a dû considérer que le Centre Pompidou n'était pas le propriétaire de l'objet, je n'ose pas dire oeuvre d'art", a ironisé Me Emmanuel Arnaud, l'avocat de M. Pinoncelli.

En première instance, le tribunal correctionnel de Paris avait condamné Pierre Pinoncelli à verser 214.000 euros de dommages et intérêts au Centre Pompidou pour réparer la perte de valeur de l'urinoir ébréché. Le musée réclamait plus de 400.000 euros.

Mais à l'audience en appel, il a été soutenu que le musée n'était que le gardien de l'oeuvre et non pas son propriétaire. Un raisonnement qu'a probablement suivi la cour, selon l'avocat de la défense. Les motivations de l'arrêt n'étaient pas disponibles vendredi.

"Le Centre Pompidou a voulu faire de cette histoire une histoire de gros sous. L'histoire de gros sous, je l'ai gagnée", a triomphé M. Pinoncelli. "Je m'en suis bien tiré", a-t-il cependant ajouté, soulagé. A la question de savoir s'il allait recommencer, le septuagénaire a répondu par la négative. Avant de se raviser, malicieux: "Dans l'hexagone, non. J'ai quand même le reste de l'
Europe et du monde pour agir".

Pierre Pinoncelli était jugé pour "dégradation d'un bien d'autrui" pour s'en être pris le 4 janvier 2006, à coups de marteau à cette pièce, baptisée "La Fontaine", présentée à l'occasion de l'exposition "Dada" au Centre Pompidou. Il avait signé "Dada" sur l'oeuvre. En 1993, il avait déjà uriné sur ce "ready-made" exposé à
Nîmes avant de lui porter quelques coups de marteau et d'être condamné quelques semaines plus tard.

En 1917, Marcel Duchamp n'avait pu exposer à
New York, sous le pseudonyme de R. Mutt, cet urinoir, détourné de sa signification. "Le fait que M. Mutt ait modelé ou non 'La Fontaine' de ses mains n'a aucune importance. Il l'a choisie. Il a pris un article courant de la vie et fait disparaître sa signification utilitaire sous un nouveau titre. De ce point de vue, il lui a donné un sens nouveau", expliqua à l'époque Duchamp.

Pierre Pinoncelli, qui se réclame de l'école artistique de Nice, a toujours assuré que "Duchamp se serait marré" de son "clin d'oeil au dadaïsme". "Je lui avais dit en 1967 que je ferais quelque chose de son vivant. Il m'avait donné sa bénédiction", avait-il déclaré en 2004.

Pierre Pinoncelli présente ses actions comme des performances artistiques. Il s'est ainsi coupé un doigt en signe de solidarité avec
Ingrid Betancourt, otage des FARC en Colombie depuis 2002. AP

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Oui, probablement il est donc